9 avril 1877

« 9 avril 1877 » [source : BnF, Mss, NAF 16398, f. 100], transcr. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1989, page consultée le 06 mai 2026.

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Je suis bien heureuse, mon grand bien-aimé, des bonnes nouvelles de tes chers petits enfants que je t’ai envoyées ce matin1. Le bonheur serait plus complet encore si nous partagions leurs douces joies, leurs surprises devant toutes les curiosités du voyage : mer, terre, ciel, oiseaux et fleurs. Ne pouvant pas tout avoir, il faut bien, mon divin papapa, nous contenter de la part qui nous est faite, jusqu’au jour où tu pourras mordre avec tes belles dents au gâteau de miel de tes chers petits affamés de vie et de bonheur. En attendant, regardons le printemps s’affermir sur ses étriers qu’il a déjà vidés bien des fois depuis sa rentrée officielle jusqu’à ce jour, sous forme d’averses, de grêle et d’ouragans. Et puis, dès que tu le pourras, tâchons de prendre nous-mêmes un peu de poudre d’escampette vers les Champs-Élysées et dans quelques cabarets voisins. Tel est le conseil très intéressé que te donne ma sagesse appuyée des raisons de santé dont je sens de plus en plus le besoin. Cela dit, fais-en le meilleur usage que tu pourras car, en somme, je m’en fiche pourvu que tu m’aimes et que je t’adore.


Notes

1 Hugo en a pris note dans son Carnet : « Lettre d’Alice. Ils sont à St Jean de Luz. Les petits se portent bien et jouent. Ils sont heureux. Tout est bien. » On ne peut s’empêcher de préférer cette satisfaction, aux regrets de Juliette de ne pas avoir été du voyage.
Le surlendemain il répond à Alice :
« Chère Alice, vous êtes heureux tous, moi je suis content ; car je n’ai pas d’autre joie que celle qui me vient de votre bonheur. Vous regretter quand vous partez, vous espérer quand vous revenez, voilà l’occupation de mon vieux cœur. Et puis je travaille.
Je connais Saint-Jean-de-Luz. Quand je l’ai vu pour la première fois, j’avais neuf ans, un an de plus que Georges. C’était en 1811. Nous allions en Espagne. Allez-y, mais n’y faites pas de châteaux. Contentez-vous d’être aimée, c’est-à-dire heureuse.
Et revenez. Vous savez comme nous vous attendons. Il y a ici pour vous et pour nos chers petits, et pour votre cher Lockroy, quatre bras tout grands ouverts.
À bientôt donc, et tendre embrassement, chère fille. » (éd citée, p. 535-536)

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

la France connaît une grave crise constitutionnelle, et la belle-fille de Hugo, mère de ses petits-enfants, se remarie.

  • 26 févrierNouvelle Série de la Légende des Siècles.
  • 3 avrilAlice, veuve de Charles Hugo, épouse le journaliste Édouard Lockroy.
  • 14 maiL’Art d’être grand-père.
  • 27 juinVisite à Saint-Mandé, sur la tombe de Claire pour elle, à sa fille en  maison de santé pour lui.
  • 1er octobreHistoire d’un crime (tome I).